Le jour où le 8e merle nous tendit la main

mes coups de coeur (1) par Jean-Baptiste Apéré
C’est une des grandes fiertés de l’ensemble : la création française du Double Sextet de Steve Reich.
C’est même symptomatique de la frénésie qui le caractérise, cet ensemble atiptyx !
Les dessous de la création du Double Sextet ?
Courant 2011, en six mois, est enclenchée la production de cette oeuvre grandiose de notre vénéré compositeur américain. Par passion, par envie, par gourmandise et un peu aussi par défi : avoir fait une création de Steve en France, une fois dans sa vie, ce n’est pas rien quand même ! Bref, une vrai folie.
Et les six héros des temps modernes que sont Alice, Anne-Laure, Pierre, Anne-Laure, Antoine et Guillaume montent l’oeuvre en un temps record.
=> Avec très peu de moyens technologiques (pensons au misérable système son sur lequel ils ont répété).
=> Avec, pour la création, l’acoustique hyper-réverbérante de la Chapelle Ockeghem…. Existe-t-il pire pour ce genre de musique ?
=> Avec, aux manettes de la diffusion de la bande, un chef et un matériel pas encore trop aguerri à l’informatique musicale. Là aussi, difficile de trouver pire.
=> Et donc dans la version avec bande, très délicate en terme de synchronisation.
=> Avec un raccord express sur place, dans la journée, de 45 minutes….
=> Avec un salaire misérable de 87,32 € net (…) pour l’ensemble des répétitions et les 2 représentations. Le désastre.
Mais avec…. quel moyens humains !! Une équipe du tonnerre, invincible. Si c’est pas de l’héroïsme, ça.
En parallèle, à la même époque, à l’autre bout du circuit de la musique contemporaine « grosse machine », il y a la Cité de la Musique,
=> qui prévoit la première française du Double Sextet depuis 2009,
=> qui a engagé l’ensemble Modern (ensemble prestigieux de musiques contemporaines, que nous adorons) pour le produire, dans la version pour 12 interprètes,
=> le tout dans un somptueux week-end à la Cité de la Musique, en présence de Steve Reich.
Ne parlons pas des coûts de production et des salaires….
On rejoue David et Goliath là….!
Mais le petit ptyx, il est vaillant. Et il produit l’oeuvre le 18 et le 29 septembre 2011 à Tours, en première audition française. Alors que le week-end parisien, c’est en octobre… Bim ! Première audition française du Prix Pulitzer 2009 : l’ensemble PTYX.
(…)
Je vous entend sourire ou maugréer.
Plus que de l’orgueil un peu puéril, cette histoire raconte surtout la manière d’agir de PTYX, qui travaille à l’impulsion (pas loin de la fameuse pulsion qu’on trouve dans la musique de Reich) et non pas selon des règles et des lois de production à J- 2, voire 3 ans. CQFD
Alors, oui, cette première interprétation que nous vous proposons d’écouter a des défauts.
  • Il y a des fragilités rythmiques.
  • La captation sonore est assez brouillon. — Il faut la considérer comme un bootleg ; elle a été retrouvée par hasard en fouillant dans les archives ces derniers jours…
  • Il n’y a des images vidéos que sur les 6 premières minutes. Mais quelles images – ! – ces gros plans sur les valeureux.
Mais quelle chance d’avoir ce témoignage, cette archive. Si vous n’avez pas été parmi les 130 personnes du public ce soir du 29 septembre 2011, vous pourrez peut-être ainsi goûter ce moment magique.
Quelle chance également pour l’ensemble d’avoir pu jouer — à distance —  avec Eighth Blackbird, le groupe de chambre de Chicago. Car c’est eux qui ont enregistré la bande diffusée, sur laquelle se rajoutent le sextuor PTYX.
Merci  aux fidèles interprètes de l’ensemble PTYX, bulldozer infatigable, pour ce coup de tête, ce coup de coeur, et leur courage. Et à tout le staff qui encadre et permet de faire trace de l’insaisissable…
A vous maintenant, public, d’en saisir la substantifique moelle.

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